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AHUM 14F00 - L'ORDRE POLITIQUE FACE A LA VIOLENCE

Type d'enseignement : Cours magistral seul

Semestre : Automne et Printemps 2017-2018

Nombre d'heures : 24

Langue d'enseignement : français

Pré-requis

aucun

Descriptif du cours

La violence constitue à la fois le phénomène le plus proscrit et le plus persistant du domaine politique. Elle concerne à la fois les gouvernants, dans leur exercice du pouvoir, et les gouvernés, dans leur soumission aux exigences de l'ordre politique. La pensée politique moderne, notamment à travers les théories du contrat social, s'est largement construite sur l'ambition de mettre fin à la violence, sur fond de déchirements de l'histoire européenne. L'ordre politique n'aurait ni intérêt, ni légitimité, s'il ne permettait pas de circonscrire, si ce n'est d'effacer, toute forme de violence dans les rapports humains, pour ne laisser demeurer à la marge que son usage récréatif. Pour ce faire, il a fallu réserver aux institutions politiques le droit exclusif de faire un usage proportionné, mesuré et occasionnel de la violence. Si la violence d'en haut, celle de l'arbitraire du pouvoir et de l'intolérance notamment religieuse, et celle d'en bas, combattue par la pénalité moderne, ont pu être efficacement mises à mal, la violence a toutefois pris d'autres formes, qui ont amené progressivement la pensée politique à interroger la responsabilité de l'ordre politique dans la perpétuation de la violence. Ramenée à une expression d'intérêts privées, voire à une forme de tribalisme, elle ne saurait plus être réduite à une donnée naturelle et originelle que l'organisation institutionnelle aurait encadré de manière juste. Au contraire, c'est l'ordre politique lui-même qui la génère – derrière une égalité et des garanties juridiques de façade se cacherait la violence sourde du rapport de classes, devenue symbolique. Dès lors, il devient légitime de faire usage de la violence pour détruire l'ordre qui prétendait nous en prémunir. Tel est le projet de l'usage révolutionnaire de la violence, qui fut l'objet tant théorique que pratique d'un ensemble de mouvements de l'histoire européenne. Mais le traumatisme des conflits mondiaux du XXème siècle - celui des excès- ont accru la conscience du péril absolu que constitue la violence pour l'ordre politique. Dès lors, les États européens ont conçu un nouvel ordre politique fondé sur l'ambition de la paix. Pour autant, aucun ordre politique ne peut prétendre en finir avec la violence, qui ne cesse de ressurgir sous des aspects imprévisibles. Ce constat inévitable nous amène alors à la considérer de nouveau comme ce qu'elle était jadis, une donnée naturelle et première. Parce que l'ordre politique n'a pu l'annihiler, reste l'espoir ou le fantasme de la voir enfin supprimée par la technique, entraînant une pacification totale - l'ordre politique dût-il en périr.

Enseignants

JUILLARD, Jean-Baptiste (professeur agrégé de philosophie et de culture générale)

Lectures principales demandées

  • Thomas Hobbes, Léviathan (1651) - chapitres XIII et XVII
  • Jean-Jacques Rousseau, Contrat social (1762) - Livre I
  • Pierre Manent, Naissance de la politique moderne, (2007)
  • Georges Sorel, Réflexions sur la violence, (1908) – chapitres I, II,III, VI
  • Lukk van Middelaar, Le Passage à l'Europe. Histoire d'un commencement, (2009)