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BART 15F23 - Écrire un poème aujourd'hui

Type d'enseignement : Atelier

Semestre : Printemps 2017-2018

Nombre d'heures : 24

Langue d'enseignement : français

Pré-requis

Il serait bon que les étudiants aient lu, avant le début des séances, L'Art poétique de Boileau (1674), dans une édition de poche. Au long des séances, les lectures seront les suivantes : les Petits poèmes en prose de Baudelaire (1855-1864), avec la Lettre-préface à Arsène Houssaye ; les « Lettres du Voyant » de Rimbaud (1871) ; « Art poétique » de Verlaine (1874) ; si possible, Alcools d'Apollinaire (1915).

Descriptif du cours

Pourquoi et comment écrire un poème aujourd'hui ? Tant de poèmes ont été tentés qu'il semble ou dérisoire ou vain d'en écrire maintenant. Pourtant, beaucoup continuent d'en écrire, et le mot poésie est employé partout, comme en sourde résistance à la « prose du monde ». Comment caractériser un poème ? Et comment en faire un, à l'époque où le monde s'assombrit quand les formes et les genres semblent avoir perdu leur forces et leurs frontières ? Nous ferons le pari que l'écriture d'un poème aujourd'hui reste une forte possibilité d'expression, à la fois subjective et plus-que-subjective, pour peu que l'apprenti-poète regarde les grands moments de l'histoire des formes avec un œil moderne ou contemporain. L'histoire des formes, c'est l'histoire de ces « manières d'écrire » que l'école a enseignées et qui a également rebuté nombre d'élèves : en groupes de vers réguliers comptés, pairs en huit, dix ou douze syllabes – octosyllabes, décasyllabes, alexandrins -, ou impairs en vers de sept, neuf, onze ou treize syllabes, avant les formes « libérées » de l'extrême contemporain. Au XVIIe siècle, La Fontaine refuse le dogme de Malherbe et Boileau et fait des « vers libres », de mesure variable et d'une grande souplesse. Il annonce bien des essais « modernes », et même le « vers libre » de la fin du XIXe siècle (avec ses jeux de timbres et ses variations), à une différence près : La Fontaine tourne toujours autour de mètres connus, comme fera Verlaine qui « préfère l'impair » parce que la ritournelle prévisible ou l'orgue de barbarie du poème risque d'user l'oreille des contemporains. Les contemporains d'aujourd'hui sont saturés de proses et de chansons. Les chansons ont confisqué la rime ; au XIXe siècle, le « mètre officiel », comme dit Mallarmé, charriant des images et des vers de convention, a commencé à fatiguer l'oreille des gens en la berçant. Verlaine a tôt compris les risques d'un assoupissement de la sensibilité aux mots rythmés, mais, à la différence de Rimbaud, il a refusé le poème en prose (« prose musicale sans rythme et sans rime ») que Baudelaire a cru devoir proposer en remplacement du sonnet surtout et des mètres officiels. Les élèves circuleront peu à peu parmi ses formes classiques et modernes, en les essayant et tentant de se les approprier aujourd'hui. Car le présent se fonde sur la mémoire des possibilités dont le passé est riche.

Enseignants

BECK, Philippe (Auteur)

Format pédagogique

Chaque séance sera divisée en deux : une première partie fournira des éléments de connaissance (historique, technique) aux étudiants qui, dans la seconde partie (au moins une heure et quart) travailleront à leur texte de manière participative, en posant des questions concrètes afin d'avancer dans leur travail. L'écriture du poème sera reprise et parachevée à la maison pour la fois suivante et le poème remis au professeur.

Mode de validation

Il s'agira d'un contrôle continu : 3 notes seront attribuées aux étudiants à propos de trois des quatre textes qu'ils auront écrits en s'inspirant chaque fois d'une forme (l'alexandrin, enjambé ou non, le vers impair, le poème en prose, le vers libre). Quatre séances centrales leur donneront l'occasion de remettre au fur et à mesure leurs quatre poèmes au professeur, qui en retiendra trois pour l'évaluation. L'engagement (présence, participation, investissement) de l'étudiant dans son propre travail et dans le travail collectif seront pris en considération dans l'évaluation de chaque poème rendu à l'enseignant ; les trois notes en tiendront compte, ce qui est propre à rassurer les « apprentis poètes ». Ils auront à cœur de donner le meilleur d'eux-mêmes dans l'emploi des « règles » ou conseils que l'enseignant aura lui-même à cœur de leur prodiguer pour les aider dans leur cheminement. La moyenne sera opérée à la fin du trimestre.

Lectures principales demandées

  • Horace, Epître aux Pisons.
  • Boileau, Art poétique.
  • Verlaine, « Art poétique » in Jadis et naguère.
  • Rimbaud, Lettre du Voyant.
  • Alain Frontier, La poésie, Belin.

Lectures complémentaires demandées

  • Jacques Roubaud, La Vieillesse d'Alexandre, Ivréa.
  • Philippe Beck, Introduction à la Poétique d'Aristote, Tel Gallimard.
  • Philippe Beck, Contre un Boileau, Fayard, « Ouvertures », janvier 2015, 400 p.