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BHUM 1240 - Crises d'histoire(s) : Littérature, temps et révolutions au XIXe siècle

Type d'enseignement : Séminaire

Semestre : Automne 2017-2018

Nombre d'heures : 24

Langue d'enseignement : français

Pré-requis

Aucun.

Descriptif du cours

Avec le XIXe siècle, l'Histoire inaugure l'« état de crise » qu'avait lucidement prédit Rousseau : tandis que s'effondre l'Ancien Régime, elle impose de penser à nouveaux frais les structures politiques et sociales en montrant l'ébranlement profond des équilibres éthiques et esthétiques. Elle met à nu une violence qui remet en question toutes les formes de représentations individuelles et collectives. La littérature, qui entre dans l'ère « médiatique », devient à ce titre un instrument privilégié de la quête du sens de l'inédit. Tandis que l'historiographie, en plein essor, interroge l'altérité radicale d'un temps postrévolutionnaire « désorienté » et que les publicistes, comme Tocqueville, cherchent à fonder une « science politique nouvelle », la forme neuve, malléable et sans entraves du roman est promue par cette « société révolutionnée » où l'individu moderne, émancipé affranchi des tutelles anciennes, cherche à se donner ses propres repères, interrogeant sans relâche son identité à travers les formes variées de liberté et d'autonomie qui lui sont proposées. La littérature romanesque concentre intensément et pour longtemps ces questions fondamentales, tout juste formulées par Kant : que suis-je ? C'est d'ailleurs l'interrogation qui ouvre l'Essai sur les révolutions de Chateaubriand dès 1799 : comment puis-je savoir ? et pour quel avenir ? Il s'agira d'analyser la façon dont se trouvent mises en scène et en histoires nouvelles les interrogations identitaires d'une société moderne à travers des représentations de la crise destinées à ordonner le désordre, à panser les stigmates de la rupture, à guérir le « mal du siècle ». En effet, à une époque où l'idéal-type de la démocratie est pensé et fixé, dans les textes de Rousseau, les discours sur la Révolution française, sur la pensée contractuelle anglaise ou la constitution américaine, les fictions narratives du roman, genre représentatif du « nouveau régime en littérature », se nourrissent des fictions politiques nouvelles et les mettent en perspective pour les interroger. Nous nous demanderons donc, à travers l'exemple d'un roman du premier XIXe siècle, publié en 1832, année critique à bien des égards, comment représenter le contemporain en crise à partir des thématiques suivantes : - qu'est-ce que « la crise » ? - qu'est-ce qu'un « temps de crise » ? - qu'est-ce qu'un événement historique en régime de crise ? - Crise d'histoire : roman et révolution ou comment raconter la rupture historique ? - Crise d'histoires : roman et politique ; - Crise des représentations : roman et démocratie ; - Crise des discours : roman et critique des discours politiques. À partir d'une lecture suivie du roman de référence qui nous accompagnera tout le semestre, nous aborderons ces questions en partant, à chaque séance, de débats contradictoires convoquant un ensemble de textes puisés dans des domaines variés : qu'il s'agisse de textes politiques (Saint-Just, Ganier-Pagès), philosophiques (Ricoeur, Arendt), historiographiques (Chateaubriand, Hartog) ou littéraires (Tocqueville, Hugo), nous y chercherons à comprendre les origines et les enjeux, épistémologiques, éthiques et politiques, des différents types de « discours de crise » contemporains

Enseignants

VANDEN ABEELE, Sophie (Maître de conférences)

Format pédagogique

Les séances associeront une partie magistrale à des études de documents pour lesquelles la participation des étudiants sera demandée, sous la forme de synthèses orales. Un débat contradictoire portant sur un texte du programme de lecture ouvrira chaque séance.

Mode de validation

La validation se fera en trois temps : - un exercice oral de débat contradictoire portant sur un texte du programme relatif à la représentation de la crise ; - un contrôle de connaissances sous forme de devoir sur table (contrôle de connaissances et questions de compréhension d'un extrait de texte au programme) ; - un mini-mémoire

Charge de travail

Outre la lecture d'un roman historique, sera demandée chaque semaine l'analyse d'un texte portant sur le thème du cours.

Lectures principales demandées

  • Stello d'Alfred de Vigny devra être lu dans son intégralité; les étudiants sont donc invités à en avoir fait la lecture avant le début du cours.
  • Édition de référence : éd. Marc Eigeldinger, Flammarion, coll. GF, 2008 ; ou : sous réserve de parution, éd. Sophie Vanden Abeele-Marchal, Classiques Garnier, octobre 2017.
  • Une série de documents, composée d‘extraits de textes littéraires (XIXe-XXe siècles) et de textes théoriques sera fournie au début du semestre de cours : elle servira de base au cours magistral et aux débats contradictoires ouvrant chaque séance.

Lectures complémentaires demandées

  • Hannah Arendt, Introduction à La Crise de la culture, éd. patrick Lévy, Gallimard, coll. Folio, 1989 (1972)
  • Pierre Rosanvallon, Pour une histoire conceptuelle du politique, Seuil, 2003
  • Mona Ozouf, Les Aveux du roman, Fayard, 2001
  • Nelly Wolf, Le Roman de la démocratie, Presses universitaires de Vincennes, 2003
  • Benoît Denis, Littérature et engagement. De Pascal à Sartre, Seuil, coll. Points Essais, 2000