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BHUM 15F05 - Conférence de lecture - Yael GAMBAROTTO

Type d'enseignement : Séminaire

Semestre : Automne 2017-2018

Nombre d'heures : 24

Langue d'enseignement : français

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Pré-requis

aucun

Descriptif du cours

Cette conférence de lecture se propose d'interroger la nature du politique à partir de la question spécifique de la violence, et plus précisément à partir de l'expérience du mal. Nous pourrions considérer en effet que c'est à partir de ce phénomène de la violence, dont la radicalité et le caractère aveuglant tétanisent trop souvent la pensée, qu'il nous est possible de révéler en réalité l'ensemble des enjeux philosophiques et moraux qui surgissent dans le champ de la théorie politique lorsque l'on s'intéresse aux liens qui unissent les hommes entre eux. A cet égard, ce cours envisage de s'intéresser plus particulièrement à la notion du mal dans les régimes totalitaires, en ce qu'elle constitue une « expérience limite » de la violence au sein de la sphère politique. Radicalité ou banalité du mal ? Responsabilité collective ou individuelle ? Comment penser la violence, comment lui faire face ? Quelles sont les différentes formes dont elle se pare ? Afin de répondre à ces questions, cette conférence de lecture sera divisée en 4 grands thèmes : • Le premier thème aura pour objectif de présenter les grands enjeux liés à la violence, dans son rapport aux hommes et à la société : violence physique, violence symbolique, violence du politique et politique de la violence, l'Art et la violence, etc. • Le second thème abordera quant à lui la question spécifique des principaux affects liés à la violence politique : la pitié, la honte, la révolte. • Le troisième thème s'interrogera sur la spécificité de la violence dans l'expérience totalitaire et sur la notion du Mal. • Enfin, le quatrième et dernier thème approfondira quant à lui les réflexions liées à la responsabilité individuelle et collective de la violence politique. Chaque thème sera composé de 3 séances (à l'exception du dernier thème qui n'en comportera que deux) dont la complémentarité se fera aussi bien sur le fond des problèmes abordés que sur la forme des supports de réflexion : une œuvre philosophique, une œuvre littéraire, une œuvre picturale.

Enseignants

GAMBAROTTO, Yaël J. (Doctorant)

Mode de validation

L'évaluation de cette conférence de lecture s'articulera autour de trois exercices distincts répartis tout au long de l'année. • Un travail individuel sur un texte en temps limité (40% de la note finale) Cet exercice se déroulera en fin d'année scolaire, lors de la dernière séance. D'une durée de deux heures, ce travail individuel consistera à composer un commentaire à partir d'un texte choisi par l'enseignant. L'étudiant devra donc mobiliser les contenus de connaissance proposés tout au long du cours, ainsi que des éléments de culture qu'il aura pu acquérir dans les lectures supplémentaires proposées. • Une lecture croisée s'appuyant sur plusieurs supports (30% de la note finale) En milieu d'année, l'enseignant donnera aux étudiants une liste de supports de nature différente mais se rattachant au même thème. Les étudiants auront deux semaines pour réaliser une lecture croisée de ces documents (1500 à 2000 mots environ). Seront particulièrement observées leurs capacités à rendre compte et à contextualiser la lecture des textes et des images proposées, en fonction de l'époque, de la langue, du type d'écrit, mais aussi de rendre compte et de mettre en évidence des liens de complémentarité qui unissent ces supports, tout en restituant une réflexion argumentée et précise des enjeux du thème choisi. • Une présentation orale autour d'un support en lien avec la séance (30% de la note finale) Lors de chaque séance, un groupe de deux étudiants sera désigné pour réaliser un commentaire libre d'une dizaine de minutes sur le support correspondant à la séance et en lien avec les thèmes étudiés au cours de l'année. Il s'agira pour ces étudiants de proposer une lecture critique des principaux arguments développés par l'auteur ou les auteurs du support. Ce commentaire aura également pour objectif de faire le lien avec les autres supports déjà évoqués en classe, d'en montrer la complémentarité, le caractère opposé, etc. Les étudiants seront évalués sur leur capacité à proposer une explication claire, argumentée, précise et étayée de la lecture qu'ils produiront de l'œuvre étudiée. Ils devront rendre compte de la manière dont elle éclaire selon eux d'un jour nouveau les problématiques liées au cours, à ses enjeux, à ses défis. L'exercice visera en particulier à évaluer la qualité de l'expression orale des étudiants et leur capacité à restituer leur compréhension 1) lorsqu'il s'agit d'un texte : de sa structure argumentative, de son développement logique 2) lorsqu'il s'agit d'une œuvre artistique : de sa sensibilité, de la construction narrative, des idées développées, de la contextualisation, de la pensée des auteurs.

Lectures principales demandées

  • Il est demandé aux étudiants de se procurer les ouvrages suivants :
  • Wajdi Mouawad, Les larmes d'Oedipe, Actes Sud, 2016
  • Fédor Dostoïevski, Crime et châtiment, Actes Sud, Babel, 2002

Plans de cours et bibliographies

Séance 1 : Les hommes, la société, la violence (I) : « la guerre de chacun contre chacun »

  • Lecture : Thomas Hobbes, Leviathan, chap.13, Dalloz, Paris, 1999
  • Quel rôle la violence joue-t-elle dans l’institution des sociétés humaines ? Celles-ci sont-elles fondées sur la méfiance et le conflit ? L’ennemi est-il la figure privilégiée de la politique ?

Séance 2 : Les hommes, la société, la violence (II) : les paroles qui blessent, les mots qui tuent

  • Lecture : William Shakespeare, Othello, Acte III, Flammarion, Paris
  • Le personnage de Iago ou l’incarnation du mal ; instiller le poison du doute, entretenir le soupçon ; le langage comme instrument de la violence entre les hommes

Séance 3 : Les hommes, la société, la violence (III) : voir, dire, ressentir

  • Image : Pablo Picasso, Guernica
  • Les représentations artistiques de la violence. L’affect esthétique au service de la raison.

Séance 4 : Les affects politiques de la violence (I) : la pitié

  • Lecture : Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes, Première Partie, Flammarion
  • La pitié comme sentiment naturel et lien primordial entre les hommes ; la société civile ou l’origine du mal

Séance 5 : Les affects politiques de la violence (II) : la honte

  • Sculpture : Henri Vidal, Caïn venant de tuer son frère Abel, statue en marbre, Jardin des Tuileries
  • Qu’est-ce que la honte ? Comment se manifeste-t-elle ? Que cherche à ne pas voir l’homme honteux qui se couvre les yeux ?

Séance 6 : Les affects politiques de la violence (III) : la révolte

  • Lecture : Wajdi Mouawad, Les larmes d’Oedipe, Actes Sud, 2016
  • Face à la violence du monde et des hommes, contre le sentiment d’impuissance qui nous menace et nous tétanise : que faire ? Anatomie de la révolte.

Séance 7 : La politique à l’épreuve du totalitarisme (I) : terreur et désolation

  • Lecture : Hannah Arendt, Le système totalitaire in. Les origines du totalitarisme, chap. « Idéologie et Terreur », Points, 2005
  • L’expérience totalitaire comme limite du politique ; la terreur ou la radicalité du mal radical

Séance 8 : La politique à l’épreuve du totalitarisme (II) : la banalité du mal

  • Lecture : Jonathan Littell, Les Bienveillantes, Premier Chapitre, Gallimard, 2006
  • Sommes-nous tous des bourreaux en puissance ? Face à la violence, la responsabilité est-elle individuelle ou collective ?

Séance 9 : La politique à l’épreuve du totalitarisme (III) : la fragilité du bien

  • Film : Laszlo Nemes, Le fils de Saul, film hongrois (VOST), 2015
  • Au cœur de l’enfer concentrationnaire, rester homme malgré tout ; un geste d’humanité comme dernier rempart contre le mal.

Séance 10 : Responsabilité individuelle, responsabilité collective (I) : la violence et le devoir moral

  • Lecture : Fédor Dostoievski, Crime et châtiment, Actes Sud, 2002
  • La violence et le devoir moral : doit-on faire preuve le mal dans certains cas ? La violence peut-elle être légitime si elle est au service d’un « plus grand bien » ?

Séance 11 : Responsabilité individuelle, responsabilité collective (II) : la violence est une expérience sociale

  • Lecture : Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, chap. 6, Folio, 2013
  • Série TV : Black Mirror, Saison 3, Episode 6 : Hated in the Nation, Netflix, 2016
  • Violence 2.0 : tous coupables ? Internet et la responsabilité collective ; le rôle des réseaux sociaux et la propagation de la violence 
  • L’expérience sociale de la honte et du mépris ; avoir honte d’avoir honte ; l’expérience de l’insulte ; la nécessité de la reconnaissance

Séance 12 : Examen final