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BHUM 15F07 - Conférence de lecture - Denis PLUMERAND

Type d'enseignement : Séminaire

Semestre : Automne 2017-2018

Nombre d'heures : 24

Langue d'enseignement : français

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Pré-requis

aucun

Descriptif du cours

L'objectif de cette conférence de lecture est de saisir les dimensions politiques, sociales et esthétiques de la violence, de la honte et de la pitié en explorant leur polyphonie, leur pluralité de sens et, potentiellement, leur ambivalence et leur ambiguïté. Une appréhension, binaire et manichéenne, de ces concepts conduit à une impasse épistémologique et éthique. La pitié correspond-elle nécessairement à un sentiment d'empathie ? La pitié est-elle légitime avec tous ? La violence est-elle nécessairement facteur de désordre ? La honte conduit-elle au repentir et à une correction de nos actions, à un rétablissement moral de notre être ? Il s'agira donc de prêter attention aux effets pluriels de la violence, de la pitié et de la honte grâce à une exploration des mises en situations que permettent, telle une expérimentation scientifique par l'œuvre de l'imaginaire, le roman, le théâtre, le cinéma et la peinture. Violence, pitié et honte ne doivent cependant pas être séparées, cloisonnées mais être reliées, connectées et replacées dans un continuum, être vues comme dans un jeu de miroirs où chaque concept se répond et s'interpénètre. La violence, concept central du cours, sera étudiée dans la pluralité de ses dimensions, dans sa double dimension de force destructrice et créatrice : • la violence instrument de la terreur politique ou des puissants pour opprimer les faibles (La Fontaine ; La politique de la terreur de Patrice Gueniffey ; The Killing Fields de Rolland Joffé) • la violence comme manifestation de l'hubris ou comme châtiment à un comportement déréglé (Orestie d'Eschyle ; Ovide ; La Fontaine ; Don Giovanni de Mozart ; l'Orestie d'Eschyle) • la violence facteur ambivalent des relations internationales à la fois cause du désordre mais aussi aiguillon de la paix et continuation de la politique par d'autres moyens (Vers la paix perpétuelle de Kant ; De la Guerre de Clausewitz) • la violence comme effet de chaos et de désordre qui s'inverse en présidant à la naissance d'un nouvel ordre (étude de la naissance du monde par la mythologie grecque par l'intermédiaire du thème de Saturne dévorant ses enfants par Rubens et Goya ainsi que le 1er livre des Métamorphoses d'Ovide).

Enseignants

PLUMERAND, Denis (Administrateur à l'Assemblée nationale)

Mode de validation

3 exercices d'évaluation. • Une présentation orale à chaque début de séance (30 %) Un à deux étudiants analyseront l'œuvre de la séance en lien avec le thème étudié. • Une lecture croisée (30%) Le commentaire, écrit, de deux œuvres autour de deux concepts du cours. • Un commentaire de texte (40%) Un commentaire de texte en fin d'année en classe de deux heures.

Plans de cours et bibliographies

Séance 1: Conférence introductive

« Un espace obscur hanté de bribes de souvenirs, et dont la valeur, y compris créatrice, tient aux fantômes imprécis qui y circulent » (Pierre Bayard)

Prise de contact, présentation du programme de la conférence et point sur les travaux à effectuer dans l'année par les étudiants.

Première approche méthodologique autour de la question de la lecture, à partir d'extraits des ouvrages suivants :

  • Pierre Bayard, Comment parler des livres qu'on n'a pas lus ?
  • Elias Canetti, Histoire d'une jeunesse, la langue sauvée (la découverte des livres)
  • Gustave Flaubert, Madame Bovary (l'intoxication romantique d'Emma au couvent)
  • Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution (« Comment, vers le milieu du XVIIIe siècle, les hommes de lettres devinrent les principaux hommes politiques du pays, et des effets qui en résultèrent… »)
  • Ray Bradbury, Fahrenheit 451 (« Quand est-ce que tout ça a commencé… Eh bien je dirais que le point départ remonte à un truc appelé la Guerre Civile. »)

Séance 2: Vivons-nous dans le « meilleur des mondes »?

« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » (Voltaire, Candide)

La fraternité de tous les hommes ne peut-elle être fondée que sur le « kitsch » ?

  • Philippe Muray, « Tombeau pour une touriste innocente », extrait du recueil Minimum respect, Belles Lettres.
  • Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être (extraits de la sixième partie)
  • Extrait du film Miss Congeniality (Miss Detective), de Donald Petrie, disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=B1ZOWwW2agQ

La logique de l'intérêt mène-t-elle le monde ?

  • Fédor Dostoïevski, Carnets du sous-sol (extrait de la première partie, « Le soul-sol » : « Oh, dites-moi, qui a dit le premier, qui a énoncé le premier que si les hommes faisaient des saletés, c'est seulement qu'ils ne connaissaient pas leurs véritables intérêts ? »)
  • Montesquieu, De l'esprit des Lois (le « doux commerce »)

Pour aller plus loin : Analyse d'images (affiches soviétiques, publicités contemporaines, photographies détournées)

Séance 3: Désir, passion, domination

« Allons donc, toutes vos passions ne sont finalement pas aussi bizarres ou originales que ça. » (Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure)

Désir mimétique, amour de soi et amour propre

  • Rousseau, Emile ou de l'éducation (extrait du livre quatrième : « Nos passions sont les principaux instruments de notre conservation… »)
  • La notion de désir mimétique dans l'œuvre de René Girard (extrait de la contribution de Christine Orsini au recueil René Girard et le problème du Mal, Grasset)

« Je suis seul et eux ils sont tous »

  • Honoré de Balzac, Illusions perdues (La leçon de Vautrin à Lucien : « Le grand point est de s'égaler à toute la Société… »)
  • Wiltold Gombrowicz, Ferdydurke (« Il existe une violence permanente dans le monde de l'esprit : nous ne sommes pas autonomes, nous sommes seulement fonction d'autrui, nous devons être tels que les autres nous voient… »)

Pour aller plus loin : Voulons-nous vraiment être libres ? Discussion autour de la « servitude volontaire » dans le domaine privé (autour de la thématique de La Vénus à la fourrure) et dans le domaine public (autour du Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie)

Séance 4: La régulation de la violence au sein du corps social

« Fear is the path to the dark side. Fear leads to anger. Angers leads to hate. Hate leads to suffering. » (Maître Yoda, dans Star Wars)

Le pouvoir, machine à conjurer le spectre du désordre destructeur ?

  • Pierre Manent, « Hobbes et le nouvel art politique » (extrait de l'Histoire intellectuelle du libéralisme)
  • Philippe Ségur, Le pouvoir monstrueux (chapitre « L'un »)
  • Extrait du film The Queen, de Stephen Frears

Le sport, antidote à la violence ?

  • Dominique Paganelli, Libre arbitre (chapitre « La soixante-quinzième minute »)
  • Alain Ehrenberg, La compétition sportive ou la passion d'être égal (extrait du catalogue de l'exposition « Sport et Démocratie », Assemblée nationale, 1998)
  • Ryszard Kapuscinski, Il n'y aura pas de paradis (extraits du chapitre « La guerre du foot »)

Pour aller plus loin : Les mythes et les rituels aux origines de l'édifice social et culturel, discussion autour de René Girard (La violence et le sacré) et de l'opérette La Belle Hélène de Jacques Offenbach (« Lorsque la Grèce est un champ de carnage »)

Séance 5: Guerre et guerre civile, la violence déchaînée

« La force des choses nous conduit peut-être à des résultats auxquels nous n'avons point pensé »
(Saint-Just)

L'engrenage guerrier et le fracas des armes

  • Eric Vuillard, La bataille d'Occident (extraits)
  • Voltaire, Candide (Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées…)
  • Le champ de bataille en images (à partir d'œuvres de George Grosz et Otto Dix)

Terrorisme, guerre civile : l'engagement dans la violence, jusqu'où ?

  • Albert Camus, Les justes (extraits)
  • Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, 24 heures Chrono, le choix du mal

Pour aller plus loin : Discussion autour du mécanisme de « montée aux extrêmes ».

Séance 6: Grégoire Moulin contre l'Humanité

  • Visionnage et échanges autour du film d'Artus de Penguern.

Séance 7: France 1939-1945, témoignages sur un désastre

« Je commence à en avoir assez de vivre des heures historiques. » (Maurice Garçon)

Réflexions au fil de l'eau dans la France occupée :

  • Maurice Garçon, Journal 1939-1945 (extraits)
  • Dominique Canavaggio, Vichy Tel quel

La pensée résistante

  • Ecrits de de Georges Bernanos (extraits)
  • Jean Cassou, La mémoire courte

Pour aller plus loin : Discussion autour du thème de la France des années noires vue au cinéma, à travers plusieurs films emblématiques.

Séance 8: Les ressorts de la pitié

« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins. » (Rousseau)

« C'est la faiblesse de l'homme qui le rend sociable ; ce sont nos misères communes qui portent nos cœurs à l'humanité »

  • Rousseau, Emile ou de l'éducation (extrait du livre quatrième)
  • Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être (retour sur un bref passage consacré au kitsch)
  • Stefan Zweig, La pitié dangereuse (extrait)

L'homme face à la souffrance animale

  • Benoit Duteurtre, À propos des vaches (première partie, « la question de la vache »)
  • La triste histoire de l'Ourse Cannelle vue par Yves Michaud (Précis de recomposition politique)

Pour aller plus loin : La pitié prise en étau dans les conflits de valeurs

  • Retour sur l'affaire d'Outreau et l'affaire « Jacqueline Sauvage »
  • L'enfant, victime innocente des drames du monde (analyse de photographies : Lizzie van Zyl, Phan Thị Kim Phúc et Aylan Kurdi)

Séance 9: Que faire de nos « bons sentiments » ?

« Il y a deux sortes de pitié. L'une, molle et sentimentale, qui n'est en réalité que l'impatience du cœur de se débarrasser le plus vite possible de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d'autrui, qui n'est pas surtout la compassion mais un mouvement instinctif de défense de l'âme contre la souffrance étrangère. Et l'autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu'elle veut et est décidée à tenir avec persévérance jusqu'à l'extrême limite des forces humaines. » (Stefan Zweig)

L'ingérence internationale, au nom de quoi ? (lecture croisée)

  • Manifeste du duc de Brunswick (25 juillet 1792)
  • Déclaration de Nicolas Sarkozy à l'issue d'un sommet international sur la Libye (2011)

Les dilemmes de l'action humanitaire

  • Jean-Christophe Rufin, Le droit d'ingérence ou la tragédie des bons sentiments (article)
  • Pierre Manent, La tentation de l'humanitaire (interview)

Pour aller plus loin : Derrière les bons sentiments, que dissimule l'âme humaine ? Discussion autour de la pièce Les Marchands de gloire de Marcel Pagnol, des romans contemporains ONG ! de Iegor Gran et La vague à l'âme de Matthieu Jung, et du film « Problemos » de Eric Judor.

Séance 10: La part de l'intime

« Quoique la pudeur soit naturelle à l'espèce humaine, naturellement les enfants n'en ont point. La pudeur ne naît qu'avec la connaissance du mal, et comment les enfants, qui n'ont ni ne doivent avoir cette connaissance, auraient-ils le sentiment qui en est l'effet ? Leur donner des leçons de pudeur et d'honnêteté, c'est leur apprendre qu'il y a des choses honteuses et déshonnêtes, c'est leur donner un désir secret de connaître ces choses-là. Tôt ou tard ils en viennent à bout, et la première étincelle qui touche à l'imagination accélère à coup sûr l'embrasement des sens. Quiconque rougit est déjà coupable ; la vraie innocence n'a honte de rien. » (Rousseau)

Civilisation et sexualité

  • François Flahault, Adam et Eve, la condition humaine (extrait)
  • Denys Arcand, Le déclin de l'empire américain

La « question » homosexuelle

  • Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat (extraits)
  • Réflexions autour du film « Pride », de Matthew Warchus

Pour aller plus loin : Discussion autour du thème « Public/privé : la frontière incertaine », à partir du portrait de Marie-Antoinette et de ses enfants, par Elisabeth Vigée-Lebrun et des essais La reine scélérate de Chantal Thomas et La société de verre de Wolfgang Sofsky.

Séance 11: Honte et humiliation, fierté et emancipation

« Elle marchait même avec un certain recueillement, sous le signe du naturel et de la simplicité, sous le signe de l'Hygiène matinale rationnelle. Avant d'entrer à la salle de bains, elle obliqua, le front haut, vers les W. C. et s'y enferma de façon cultivée, réfléchie, raisonnable et consciente, comme une femme sachant très bien qu'il ne convient pas d'avoir honte des fonctions naturelles. Elle en sortit plus fière qu'elle n'y était entrée ! Elle paraissait fortifiée, éclairée et humanisée, elle sortit de là comme d'un temple grec ! Je compris alors qu'elle y entrait en effet comme dans un temple grec. C'est d'un tel sanctuaire que les modernes femmes d'ingénieurs et d'avocats tiraient leur puissance ! Celle-ci en ressortait chaque jour meilleure, plus cultivée, tenant haut l'étendard du progrès, et c'est de là que provenaient l'intelligence et le naturel dont elle se servait pour me tourmenter. » (Gombrowicz)

La fierté : ce qui nous rassemble doit-il nous ressembler ?

  • François Ricard, Chroniques québécoises (« Le sexe des anges » et « Lèse-majesté »)
  • Eric Dupin, La France identitaire
  • Analyse d'images

L'abolition du sentiment de honte, prélude à la violence

  • Philippe Raynaud, La politesse des Lumières (extrait de l'introduction)
  • Frédéric Rouvillois, Histoire de la politesse de 1789 à nos jours.
  • Sebastian Haffner, Histoire d'un allemand

Pour aller plus loin : Discussion sur l'humiliation coloniale et post-coloniale, autour de Jean-Paul Sartre (préface à Franz Fanon, Les damnés de la terre), Franz Fanon et Albert Memmi

Séance 12: Lecture croisée (devoir final)

  • Devoir sur table en 2h