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BHUM 15F16 - Conférence de lecture - Sophie VANDEN ABEELE (2)

Type d'enseignement : Séminaire

Semestre : Automne 2017-2018

Nombre d'heures : 24

Langue d'enseignement : français

Voir les plans de cours et bibliographies

Pré-requis

aucun

Descriptif du cours

“Que la politique soit maléfique, qu'elle charrie avec elle tout un défilé de pratiques malfaisantes, implacables ou perverses, c'est là une plainte aussi vieille que la politique elle-même, une plainte aussi vieille que le monde. La politique est le champ des rapports de force. La passion du pouvoir corrompt. L'art de gouverner est celui de tromper les hommes. L'art d'être gouverné est celui d'apprendre la soumission, laquelle va de l'obéissance forcée à l'enchantement de la servitude volontaire”. C'est en ces termes synthétiques que Myriam Revault d'Alonnes, spécialiste d'Hannah Arendt, introduit son Essai sur le mal politique : Ce que l'homme fait à l'homme, en 1995. L'espace politique est un “champ passionnel” pour reprendre une expression de Frédéric Lordon commentant Spinoza (Les Affects de la politique, Seuil, 2016). À ce titre, il suscite un ensemble de récits et de représentations, innervés par des peurs, des espoirs et des fantasmes collectifs ; et ceux-ci nourrissent la pensée politique autant qu'elle-même les alimente. Au centre de cet imaginaire du politique figurent les thèmes de la violence et du mal. On les retrouve aussi bien dans l'art que dans les textes théoriques. La labilité et la réversibilité de leurs représentations n'empêchent pas qu'ils s'y constituent en mythes fondateurs : leurs fonctions, mentales et sociales, individuelles et collectives, au cœur des grandes crises de l'Histoire, y sont répertoriables et identifiables selon un réseau de logiques internes (explication, identification, contestation, restructuration), comme toute mythologie politique ainsi que l'a montré Raoul Girardet à la fin du xxe siècle (Mythes et mythologies politiques, 1986). Sans prétendre à une quelconque exhaustivité ni à un exposé philosophique ou socio-politique en forme, ces conférences de lecture en donneront un aperçu. Nous partirons d'une série de commentaires de représentations (textes et images) tirées du patrimoine culturel commun ; elles seront tout particulièrement centrées sur le xixe siècle, « période critique » très féconde pour la constitution de cet imaginaire collectif du « mal politique ». Cette réflexion sur les présupposés, les enjeux et la fonction de ces représentations dans la constitution et/ou la mise en cause des identités politiques ou de la possibilité d'une expérience du politique se fera au rythme d'un ou deux commentaires de document par séance.

Enseignants

VANDEN ABEELE, Sophie (Maître de conférences)

Format pédagogique

Il s'agit, dans le cadre de ces conférences de lecture, d'apprendre à lire une image, un texte, un ouvrage, dans son intégralité et en profondeur. Autrement dit, il s'agit d'apprendre à éprouver le plaisir de la lecture en étant capable de contextualiser ce que l'on lit dans l'histoire ; d'identifier le style d'un auteur et les types d'écritures, de surmonter les difficultés d'un texte liées aux mots, au sens, et à la technicité de la langue et celles liées à l'image (techniques, historiques, esthétiques, sémiologiques, idéologiques et thématiques) ; de dégager les éléments essentiels de la pensée d'un auteur afin d'en comprendre la portée concrète ; de savoir restituer avec clarté le raisonnement d'un auteur ; de rendre compte de positions diversifiées ou contradictoires et de les articuler entre elles à partir de la lecture de différents ouvrages ou articles sur un même thème, à partir de la comparaison de différentes images portant sur un même objet. Et ceci à l'écrit comme à l'oral.

Mode de validation

L'évaluation se fera dans le cadre de la conférence. Les étudiants devront obtenir trois notes correspondant à trois commentaires successifs de document(s) : • un devoir à rendre, sous la forme d'une étude de documents (30% de la note finale) : il s'agira de croiser les perspectives à partir de l'un des enjeux relatifs à la représentation du « mal politique » pour en dégager, à partir des documents proposés, les logiques internes, les lieux de conflit et les points d'accord ; • un travail final sur table, sous la forme d'un commentaire de document (40% de la note finale) ; • un exercice oral sous la forme d'un compte rendu critique de lecture (30% de la note finale) : au début de chaque séance, deux étudiants viendront confronter leur analyse du texte proposé à la réflexion.

Charge de travail

Il sera demandé aux étudiants d'avoir systématiquement lu et analysé le(s) texte(s) de la séance avant d'entrer en cours. En outre, ils devront lire, au fil de l'année, les deux œuvres intégrales suivantes, pour nourrir leur réflexion. Ces deux textes sont à se procurer dans les éditions recommandées dès le début du premier semestre. • Lorenzaccio d'Alfred de Musset (éd. recommandée : éd. Florence Naugrette, GF/Flammarion, 2012) • L'Homme compassionnel de Myriam Revaul d'Alonnes (Seuil, 2008).

Lectures principales demandées

  • Lorenzaccio d'Alfred de Musset (éd. recommandée : éd. Florence Naugrette, GF/Flammarion, 2012)
  • L'Homme compassionnel de Myriam Revaul d'Alonnes (Seuil, 2008).

Plans de cours et bibliographies

Les commentaires de documents, qui feront la matière vive des séances successives, permettront de se demander comment les représentations du « mal politique » ouvrent trois types de perspective :

  • une perspective étiologique, qui peut conduire à se demander si la violence ne constitue pas le milieu par excellence de toute action politique – voire de toute expérience du politique (commentaires des séances 1 et 2) ;
  • une perspective éthique qui, par la traduction de la « violence politique » en termes axiologiques, permet de poser la question de la responsabilité, individuelle ou collective (commentaires des séances 3, 4 et 5) ;
  • une perspective morphologique, à travers laquelle les discours sur la violence politique, destinés à susciter l’indignation, la pitié ou la honte, mettent en évidence les différents types de violence qu’il s’agisse respectivement – et dans l’ordre de ces « affects » –  de la violence idéologique (commentaires des séances 6 et 7), de la violence sociale (commentaires des séances 8 et 9) ou  de la violence d’État (commentaires des séances 10 et 11).

Séance 1 : Introduction  (lecture recommandée : Philippe Braud, « La violence politique : repères et problèmes », Cultures & conflits, printemps-été 1993, art. en ligne : http://conflits.revues.org/406 )
Commentaire de texte : Hugo, Quatrevingt-treize (1874), 2e partie, livre I, chap. II et III (éd. recommandée : éd. Jacques Body, GF/Flammarion)

Séance 2 : Commentaire de texte : Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1840), II, 2e partie, chap. I et II (éd. recommandée : éd. François Furet, GF/Flammarion, 1981) avec le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie (éd. recommandée : éd. Simone Goyard-Fabre, GF/Flammarion, 2015)

Séance 3 : commentaire d’image : David, « La Mort de Marat » (huile sur toile, 1793) et Weerts, « L’Assasinat de Marat » (huile sur toile, 1880)

Séance 4 : 2 commentaires de texte : Robespierre, « Discours sur les principes de morale politique » du 5 février 1794 (texte disponible en ligne : https://ihrf.univ-paris1.fr/enseignement/outils-et-materiaux-pedagogiques/textes-et-sources-sur-la-revolution-francaise/robespierre-discours-du-18-pluviose-an-ii/)
Mme de Staël, De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des passions (1796), chap. 8 (« Du crime ») (texte en ligne dans l’édition originale de 1796 : https://books.google.fr/books?id=cwBfAAAAcAAJ&pg=PA1&dq=mme+de+stael+de+l'influence+des+passions&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj-3q7bqs7UAhVmBMAKHUHICwAQ6AEIKjAB#v=onepage&q=mme%20de%20stael%20de%20l'influence%20des%20passions&f=false )

Séance 5 : commentaire de texte : Joseph de Maistre, 7e Entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg et Eclaircissement sur les sacrifices (1821) (éd. recommandée : éd. P. Glaudes, Robert Laffont/ Bouquins, 2007)

Séance 6 : commentaire de texte : Flaubert, L’Education sentimentale, 3e partie, chap. 1 (éd. recommandée : éd. Thibaudet, Gallimard, Folio classique) – à mettre en regard avec Daniel Stern, Histoire de la révolution de 1848, t. 1,  Charpentier, 1862 (2e éd.), p. 3-59 (https://books.google.fr/books?id=7WTqFNERATQC&pg=PA53&dq=Daniel+Stern,+Histoire+de+la+Révolution+de+1848,+Charpentier,&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj84P-vvczUAhVfOMAKHf6_DUcQ6AEIOTAE#v=onepage&q=Daniel%20Stern%2C%20Histoire%20de%20la%20Révolution%20de%201848%2C%20Charpentier%2C&f=false)

Séance 7 : commentaire d’image : Daumier, « Rue Transnonain, 15 avril 1834 », planche XXIV de L’Association mensuelle, juillet 1834
Séance 8 : commentaire de texte : Hugo, Claude Gueux (à lire intégralement, éd. recommandée, éd. E. Buron, LGF/ Le Livre de Poche, Libretti, 1995)

Séance 9 : commentaire d’image : Grandville, « Ahie ! donc feignant ! », planche LIII des Métamorphoses du jour (1829)

Séance 10 : commentaire de texte : Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 2e partie, Livre 4, chap. 2 à 11 (l ‘assassinat du duc d’Enghien) (éd. recommandée : Gallimard/Quarto, 1997)

Séance 11 : commentaire d’image : Gérôme, Le 7 décembre 1815 à 9 h. du matin. L’exécution du maréchal Ney, (huile sur toile, 1868)

Séance 12 : conclusions par un commentaire d’image : Hansi, « Aux soldats français morts pour la patrie », planche XXVII de Mon village. Ceux qui n’oublient pas. Images et commentaires de l’oncle Hansi (1913)