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CDRO 1875 - Conceptions de la justice sociale

Type d'enseignement : Enseignement électif

Semestre : Automne 2017-2018

Nombre d'heures : 24

Langue d'enseignement : français

Pré-requis

Il n'y a pas de pré-requis particulier, mais une connaissance correcte de la genèse des théories contractualistes en souhaitable afin de saisir en quoi ces théories ont permis de justifier le fait que la démocratie est le meilleur régime.

Descriptif du cours

Ce cours porte sur les théories politiques de la justice sociale. Ces théories se sont développées dans le sillage des théories de Rawls ou de Habermas, et ont renouvelé les trois conceptions dominantes de la démocratie qu'étaient le libéralisme, le républicanisme et le socialisme. Elles ont plus précisément répondu aux impasses d'une démocratie représentative dont le socle juridique se trouvait menacé par la tension entre souveraineté populaire et souveraineté nationale. Il s'agira également de saisir en quoi le rattachement à la question de la justice est porteur d'une nouvelle façon de concevoir le rapport entre droits et devoirs, et définir ainsi des priorités politiques d'une société juste, au plan national comme international. Le déroulé du cours sera le suivant : I. La dynamique d'analyse de la genèse de la question de la justice sociale s'appuiera de façon plus particulière sur la question des normes juridiques permettant d'exprimer le système politique. Si en effet l'identité des sociétés modernes et contemporaines tient au fait de reconnaître l'inversion du droit et de la morale, inversion initialement pensée par Machiavel dans Le Prince lorsqu'il a théorisé la nature amorale du politique, la question centrale qui se pose au cœur de la construction du contractualisme politique a été celle de penser les modalités de la reconnaissance juridique (au sens de Hegel, dans Les principes de la philosophie du droit) de l'État vers la société civile. Les systèmes libéraux, républicain et socialistes sont donc autant de systèmes juridiques articulant de façon différentes les droits et les devoirs, et les différences de conceptions de la représentation politique engagent différentes compréhensions de la souveraineté. À cet égard, le parallèle entre l'histoire constitutionnelle (et plus particulièrement l'oscillation entre les deux conceptions antagonistes de la souveraineté populaire ou de la souveraineté nationale) et l'histoire des théories et des idées politiques conduira à constater que la question de la justice sociale émerge comme une réponse au possible basculement hors de l'État de droit. II. Il sera donc question de montrer que la Théorie de la justice de Rawls comme le rapport entre Droit et démocratie théorisé par Habermas s'offrent comme des réponses au risque totalitaire encouru par la théorie juridique du décisionnisme de Carl Schmitt, et comme une volonté de compléter le caractère formel d'une Théorie pure du droit telle qu'elle a été posée par le normativisme de Kelsen. L'analyse des théories de la justice sera donc questionnée dans sa capacité à construire un cadre juridique et judiciaire renouvelant la façon de comprendre le contractualisme. Il faudra à cet égard, si l'on veut Prendre les droits au sérieux, selon l'expression de Ronald Dworkin, envisager en quoi les droits peuvent fournir une « grammaire du politique », et à quelles conditions cette expression juridique suffit ou non à combler les attentes morales contenues dans la demande sociale de justice. III. Il sera enfin souhaitable de montrer que les débats autour de la justice sociale ont aujourd'hui conduit à poser le problème de la justice globale, c'est-à-dire ont porté à s'interroger, selon la logique du cosmopolitisme initialement formulée par Kant dans L'idée d'une histoire universelle du point de vue cosmopolitique, sur la possible extension des normes juridiques au plan international. Autrement dit, la portée de la pensée politique de la justice sociale se jauge aujourd'hui à sa capacité à devenir une des sources des normes juridiques régissant les rapports entre États souverains, et fondant les bases d'une réflexion sur ce que serait un monde juste. Se trouverait ainsi dépassée une conception autarcique des États (Clausewitz), désormais confrontés à une mondialisation économique et politique qui transforme nécessairement leurs façons de concevoir les droits et les devoirs qu'ils ont les uns à l'égard des autres (Pogge, Walzer ou encore Kymlicka).

Enseignants

LAUVAU, Geoffroy (Professeur agrégé)

Mode de validation

Trois exercices : un exposé (40% de la note) / un compte-rendu critique de séance (20% de la note) / une analyse critique de texte (article ou livre) à effectuer à la maison (40% de la note).