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OCAJ 2195 - LA PEINE DANS LA LITTERATURE

Type d'enseignement : Séminaire

Semestre : Automne 2018-2019

Nombre d'heures : 12

Langue d'enseignement : français

Pré-requis

aucun

Descriptif du cours

La littérature a quelque chose à nous dire du monde, et à ce titre de la justice. Certes la prison, le tribunal, la justice et le droit sont des thèmes fréquemment traités dans les romans, à la fois comme lieu de rédemption mais aussi comme lieu d'observation du monde, sorte de métaphore de l'écrivain lui-même dans sa cellule de travail, regardant le monde comme s'il en était le prisonnier. Depuis Antigone, la littérature est aussi l'espace où peut se déployer une vision de la Justice transcendant la justice des hommes. Mais la littérature est surtout l'espace d'un véritable humanisme où le monde est appréhendé dans sa complexité. Où les points de vue peuvent se nourrir les uns des autres, les rôles s'échanger, où la subjectivité a toute sa place. En ce sens la littérature est précieuse à ceux qui jugent et aux praticiens du droit. Là où le droit est toujours l'expression d'un rapport de forces à un instant donné dans une société, la littérature dit le monde d'une manière non normative. Elle étend le champ de la liberté, la questionne, elle permet d'appréhender autrement les réalités sociales. Les questions posées n'appellent pas de sanction ni jugement. Et l'espace d'interprétation et de jugement est laissé in fine au lecteur. Le procès lui-même est une forme de réécriture a posteriori du réel et de relecture du monde visant à lui donner un sens et à y remettre de l'ordre par l'inflexion d'une sanction, d'une peine, symbole de la réparation nécessaire. Enfin, la littérature donne accès à la révolte nécessaire contre les carences du droit, contre les abus de la société d'ordre, contre les injustices du moment. Elle ouvre ses pages aux dépossédés, aux privés de droit, aux absents à la parole, aux franchiseurs de toutes les frontières. Elle voit dans le monstre un humain et dans l'humain le monstre. Elle rappelle à l'homme qu'il est faillible et donne une leçon d'humilité à ceux qui seraient tentés de tracer une frontière étanche entre le bien et le mal. Car la littérature n'est pas morale. Elle est une page ouverte sur la liberté.

Enseignants

FILIPPETTI, Aurélie (Professeure agrégée, IEP de Paris)

Format pédagogique

Un cours séminaire de 12 heures.

Mode de validation

Contrôle continu.

Lectures principales demandées

  • Eschyle : l'Orestie : l'évolution du châtiment de la vengeance à l'instauration du tribunal
  • Sophocle / Anouilh : Antigone : châtiment des hommes, justice divine - droit et justice
  • L'Arioste : Roland furieux, épisode d'Arisante (chant V)
  • Shakespeare : Le Marchand de Venise, monologue de Shylock
  • Franz Kafka, Le Procès : la justice ou la loi

Lectures complémentaires demandées

  • La Fontaine : Fables : les structures juridiques dans les Fables de la Fontaine
  • Dostoïevski, Crime et Châtiment
  • Truman Capote, De Sang froid
  • Philippe Jaenada, La Serpe
  • Martha Nussbaum, L'Art d'être juste
  • René Girard : la théorie du bouc émissaire, illustrée par l'épisode de l'Amiral Bragueton dans Voyage au Bout de la nuit de Céline
  • Moi, Pierre Rivière, édition établie par Michel Foucault